Techniques littéraires
La communication

Cours rédigé par Annick LEVEAU <vitellus@ifrance.com>.
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PLAN:

Introduction

 

I. La communication par l'image

1. Réalité matérielle

2. Le point de vue

3. Le sens de l'image

 

II. La communication par les mots

1. La communication orale

2. La communication écrite

3. La "communication" littéraire

Résumé-conclusion

Exercices d'application

 

 

 

Introduction

Communiquer signifie "établir des relations avec quelqu'un". Il est donc d'abord nécessaire, pour qu'une communication soit établie, qu'il y ait un émetteur ou destinateur et un récepteur ou destinataire, et qu'un message soit délivré du premier vers le second. Les messages les plus couramment utilisés sont d'ordre visuel ou sonore.

Une deuxième condition nécessaire pour établir une communication est que le message soit compréhensible pour le récepteur. Le message, ou signe, comporte toujours un signifiant et un signifié. Le signifiant est la forme utilisée pour transmettre le message : un dessin, un mot, un geste..., qu'entend ou que voit le récepteur du message. Le signifié est ce que représente le message transmis, ce qu'il veut dire. Pour qu'une communication soit réellement établie, il est donc impératif que le signifié soit compris par le récepteur.

Certains signes sont utilisés par tous selon des conventions internationales (par exemple, le code de la route) ; on dit qu'ils ont une signification fixe. D'autres doivent être placés dans un contexte précis pour que leur signification se précise (par exemple, une phrase de roman) ; on dit qu'ils ont une signification ouverte.

Un même signifiant pourra donc revêtir plusieurs signifiés selon les contextes (par exemple le mot "service") ; on peut, par ailleurs, jouer sur les signes utilisés pour exprimer un même signifié (par exemple, les jeux de mots ou l'inversion des codes gestuels à des fins comiques).

 

 

I. La communication par l'image

 

L'image, des grottes de Lascaux aux vignettes des bandes dessinées, est non seulement un moyen d'expression artistique, mais un outil réel de communication bien antérieur à l'écriture.

Actuellement, il existe des images fixes (dessins, peintures, gravures...) et des images animées (cinéma, image vidéo...).

 

1. Réalité matérielle

Une image est un assemblage de points, de lignes, de surfaces, de couleurs, dont la disposition donne parfois l'illusion du volume, de la lumière, du mouvement, de la vie.

La perspective géométrique est l'organisation des objets sur la surface, de telle sorte que leur représentation corresponde à la perception visuelle qu'on peut en avoir. Par exemple, une table dessinée de manière qu'on pense la voir en trois dimensions.

Parmi les couleurs, on distingue les couleurs froides (celles qui se rapprochent du bleu) des couleurs chaudes (jaune, orangé, rouge) ; les couleurs primaires (jaune, rouge et bleu) des couleurs complémentaires (par exemple, le vert est complémentaire du rouge).

 

2. Le point de vue

Toute image suppose un point de vue : ce qui est montré par l'image est en fait ce qui est vu par l'oeil du peintre. Au cinéma, l'image peut montrer ce que voit le cinéaste (point de vue objectif) ou ce que voit l'un des personnages du film (point de vue subjectif).

Le cadrage détermine la portion d'espace représentée : par exemple, un plan d'ensemble ou un gros plan, ou encore un travelling.

Le montage des images ou des films permet d'introduire la notion de temps, en ralentissant ou en accélérant son déroulement.

 

3. Le sens de l'image

Ce que l'image montre constitue sa dénotation. Par exemple, une photo d'Edouard Boubat, intitulée "île Saint-Louis" représente un parapet le long de la Seine. Sur le parapet, un couple d'amoureux enlacés ; au pied du parapet, un homme et une femme visiblement sans aucune ressource, assis côte à côte.

Ce que l'image suggère constitue ses connotations. Dans l'exemple précédent, il y a une opposition manifeste entre ce que représente ce bord de Seine pour les amoureux (ouverture vers l'avenir) et pour les deux autres personnages (mise à l'écart de la société).

 

L'image peut ainsi revêtir plusieurs fonctions :

- référentielle : elle peut être descriptive ou narrative, comme dans les fresques historiques ou les BD ; elle peut aussi être informative ou explicative, comme dans les documentaires, les schémas...

- poétique ; elle peut être expressive (en suscitant des sentiments, comme le voulait la peinture impressioniste de la fin du XIXème siècle) ou symbolique (comme dans la peinture surréaliste qui ne représente jamais la réalité telle que nous la connaissons).

- injonctive et argumentative : la caricature, la publicité, le dessin humoristique veulent nous convaincre ou nous faire réfléchir.

Enfin, l'image peut se charger d'un sens individuel ou collectif (religieux, social, politique), selon les périodes et les créateurs. Comme pour un texte, il est donc important de situer historiquement une image (tableau, publicité, film...) lorsqu'on désire l'analyser.

 

 

II. La communication par les mots

La communication à l'aide de mots est la communication verbale. Elle peut être orale ou écrite. Dans les deux cas, l'outil utilisé est le même : c'est le mot, combinaison d'un signifiant (sa forme) et d'un signifié (son sens). Qu'il soit oral ou écrit, le message s'appelle énoncé. Le code utilisé est le système linguistique produit par un énonciateur (ou locuteur) vers un énonciataire (ou interlocuteur, destinataire).

 

1. La communication orale

Dans la communication orale, l'émetteur (ou locuteur) et le récepteur (ou interlocuteur) sont en principe en présence l'un de l'autre. D'autres éléments sont ainsi importants : l'expression du visage, les gestes, les intonations de la voix...

La grammaire est souvent peu élaborée. On utilise souvent des phrases juxtaposées, voire disloquées ou inachevées. Le vocabulaire est souvent familier.

Ce qui marque avant tout la communication orale est sa spontanéité : la parole est vivante, inscrite dans le temps, sans modification possible au moment où on l'émet.

2. La communication écrite

Dans la communication écrite, le destinataire est éloigné. Le message doit donc être complet, achevé, lisible.

La grammaire doit donc correspondre à l'usage correct, ainsi que la ponctuation et l'orthographe. Le vocabulaire est en général plus élaboré qu'à l'oral.

Ce qui marque avant tout la communication écrite est le souci d'être compris du destinataire, à qui on ne pourra pas toujours expliquer une deuxième fois le message qu'on veut lui transmettre.

 

3. La "communication" littéraire

Parmi les textes écrits, certains présentent des qualités littéraires qui les distinguent des autres productions écrites.

Le texte littéraire n'a pas pour fonction essentielle d'être utile, comme le sont un manuel de classe ou un mode d'emploi. Sa finalité pratique n'est donc pas primordiale.

Le texte littéraire est avant tout apprécié pour la qualité de son écriture. C'est la forme qui marque donc la différence. Sa fonction expressive (expression des sentiments, des émotions) et sa fonction poétique (esthétique du langage) sont indissociables de sa fonction narrative (lorsqu'il nous raconte une histoire) ou argumentative (lorsqu'il cherche à nous convaincre).

 

 

Résumé-conclusion

Toute communication requiert l'emploi d'un code commun à l'émetteur et au récepteur du message délivré. Le signifié doit être employé sans ambiguïté pour que le message soit clair.

Dans la communication par l'image, on s'intéresse à la composition de l'image, à ce qu'elle dénote mais aussi à sa valeur symbolique mise en valeur par toutes les connotations qui s'y rattachent.

Dans la communication verbale, on distingue souvent la communication orale de la communication écrite. Certains textes, enfin, revêtent une valeur littéraire et traduisent la vision du monde de leur auteur et sa sensibilité bien plus qu'ils n'ont une fonction utilitaire.

 

 

EXERCICES D'APPLICATION

 

  

Exercice 1

 

Donner deux signifiés pour chacun de ces signifiants :

un vaisseau, un accent, le service, une glace, une légende.

 

 

Exercice 2

 

Quels anagrammes peut-on créer à partir de ces mots ?

niche, marcher, rage, semeur.

  

Exercice 3

 

Voici un extrait d'une pièce de Jean Tardieu intitulée Un mot pour un autre. La communication y est établie entre les personnages, mais selon un code bien différent du nôtre. Récrivez ce texte en utilisant cette fois un rapport entre signifiant et signifié qui nous soit accessible.

Voici ce texte :

 

LA BONNE, entrant : Madame, c'est Madame de Perleminouze.

MADAME : Ah ! Quelle grappe ! Faites-la vite grossir !

La Bonne sort. Madame, en attendant la visiteuse, se met au piano et joue. Il en sort un tout petit air de boîte à musique. Retour de la Bonne, suivie de Madame de Perleminouze.

LA BONNE, annonçant : Madame la comtesse de Perleminouze !

MADAME, fermant le piano et allant au-devant de son amie : Chère, très chère peluche ! Depuis combien de trous, depuis combien de galets n'avais-je pas eu le mitron de vous sucrer !

MADAME DE PERLEMINOUZE, très affectée : Hélas ! Chère ! j'étais moi-même très, très vitreuse ! Mes trois plus jeunes tourteaux ont eu la citronnade, l'un après l'autre. Pendant tout le début du corsaire, je n'ai fait que nicher des moulins, courir chez le ludion ou chez le tabouret, j'ai passé des puits à surveiller leur carbure, à leur donner des pinces et des moussons. Bref, je n'ai pas eu une minette à moi.

MADAME : Pauvre chère ! Et moi qui ne me grattais de rien !

 

Exercice 4

Voici un extrait d'un roman de Cavanna intitulé Maria.
Récrivez le texte en vous efforçant d'éliminer les marques de l'oral
.

- Tel que tu me vois, dit Bibi, j'ai eu un grand-père. Peut-être même deux, mais je me souviens d'un. C'était un marrant, mon grand-père. Artiste, il était.

- Il peignait des tableaux ?

- Non, ça, c'est les peintres. Lui, c'est artiste qu'il était. Il faisait du théâtre, quoi. Ça lui était venu quand il était encore presque un môme. Faut que tu saches, dans ce temps-là, je te cause de 1900, par là, ils avaient inventé un truc. Enfin, plein de trucs. C'était la science, tu comprends. Elle venait juste de commencer, la science, y avait Pasteur et Madame Curie, tous ceux qu'on nous a appris à l'école, voilà, ben c'était à ce moment-là. Ils s'y étaient mis dare-dare, ils avaient inventé la photo, et puis l'électricité, et puis le cinéma, et puis les rayons X. On croirait pas, mais ils avaient déjà tout ça, quand mon grand-père était môme. Même le métro, ils avaient. Même des bagnoles, même des avions, seulement ils étaient tartignolles, ça marchait au charbon de bois, tu prenais des escarbilles plein la gueule, enfin, bon.

Exercice 5

Voici deux textes différents. Comparez-les en montrant d'abord de quel type de texte il s'agit dans le premier, puis en précisant en quoi le second diffère.

 

Texte 1

HUÎTRE nom féminin

- 1. Courant. Mollusque lamellibranche à coquille feuilletée ou rugueuse, comestible ou recherché pour sa sécrétion minérale (nacre, perle [cit. 4]). - préfixe. Ostréi-. Huître qui s'ouvre, bâille (cit. 5), boude (cit. 3.1). Huître laiteuse, pleine d'oeufs. Jeunes huîtres. - Naissain. Huître perlière*. - Méléagrine, pintadine. - Huîtres comestibles, pêchées ou élevées. - Ostréiculture. Huîtres de drague, pêchées. Huîtres d'élevage. - Huîtres communes, huîtres pied-de-cheval, huîtres portugaises* (ou gryphées), huîtres de pleine mer. Petites huîtres de la Manche. - Perlot. Élevage des huîtres dans des parcs (- Acul, clayère, parc [cit. 3]; amareyeur, ostréiculteur) pour protéger leur croissance et les faire verdir (- Claire). - Huîtres de claires, et, absolument, des fines de claires, des claires. - Désignation des huîtres d'après leur lieu d'élevage : huîtres d'Arcachon, d'Ostende; huîtres de Belon (- Belon), de Marennes (- Marennes), de la baie de Cancale (- Cancale). - Transport des huîtres en bourriches, en cloyères*. Les huîtres se vendent à la douzaine. Ouvrir des huîtres. - Écaillage, 1. écailler, 2. écailler; ouvre-huître; - Gruger, cit. 1. Couteau, fourchette à huîtres. Manger, gober des huîtres (- Faiseur, cit. 9). Dégustation d'huîtres. Plateau d'huîtres, d'oursins, de palourdes, de praires. - Fruit (de mer). Huîtres consommées crues, au poivre (- Mignonnette), au citron, à la vinaigrette et aux échalotes (cit.). Potage aux huîtres. (Dans la cuisine chinoise). Sauce d'huître : sauce épaisse à base d'extrait d'huîtres et de sauce de soja. Boeuf, champignons à la sauce d'huître. Huîtres consommées cuites, grillées (cit. 2). Huîtres Rockefeller. Huîtres au gratin. Soupe aux huîtres. Mois en R, où l'on peut manger des huîtres. Une douzaine d'huîtres.

L'huître et les plaideurs, fable de La Fontaine (- Écaille, cit. 11).

Extrait du dictionnaire Le Robert électronique

Texte 2

L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halo.

A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.

Parfois très rare, une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.

Francis Ponge, Le parti pris des choses, 1942

 

 

SOMMAIRE DES COURS DE TECHNIQUES LITTERAIRES

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COURS No 1. LA COMMUNICATION

COURS No 2. CHAMPS ET RESEAUX LEXICAUX + COMPLEMENT

COURS No 3: LE CLASSEMENT DES TEXTES + COMPLEMENT

COURS No 4: LA PHRASE

 

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