Lectures de 

LE VENTRE de PARIS

 d'Émile ZOLA.
Édition Folio. N° 1107.

Proposées par Marianne Bayet, professeur de lettres,
<
Marianne.BAYET@wanadoo.fr>  

  

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Pistes de lecture.

A ) PRÉSENTATION :

Voici un extrait de Le Docteur Pascal, dernier roman du cycle des Rougon-Macquart :

" Avec Lisa Macquart commençait la branche bâtarde, fraîche et solide en elle, étalant la prospérité du ventre, lorsque sur le seuil de sa charcuterie, en clair tablier, elle souriait aux Halles Centrales, où grondait la faim d'un peuple, la bataille séculaire des Gras et des Maigres, le maigre Florent, son beau-frère, exécré, traqué par les grasses poissonnières, les grasses boutiquières, et que la grasse charcutière elle-même, d'une absolue probité, mais sans pardon, faisait arrêter comme républicain en rupture de ban, convaincue qu'elle travaillait ainsi à l'heureuse digestion de tous les honnêtes gens. "

cf. II-p.91 : " C'était là une condamnation très nette de l'ivrognerie, des flâneries légendaires du vieux Macquart (...) elle n'était qu'une Macquart rangée, raisonnable, logique avec ses besoins de bien-être. "

cf. II-p.100 : " J'ai un cousin à Paris, il a pris le nom de Saccard (...) (et ) il gagne des millions " Cf. La Curée.

Vous commenterez le titre donné par Zola à son oeuvre : LES ROUGON-MACQUART - Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire. ( Voir les deux photocopies ci-jointes )

 

Vous étudierez l'influence réciproque du milieu et des personnages :

a) Pour Quenu (I -p. 79)

b) Pour la Sarriette (V - p.328)

c) Pour Cadine et Marjolain (IV - p.256 et sq.)

 

B) Axes de lecture particulièrement étudiés :

a) - Le temps et l'histoire.

b) - L'espace.

c) - Zola, homme de théâtre.

d) - Etude des personnages de

* Lisa

* Florent.

* Claude Lantier.

 

B') Vous préparerez le commentaire de ces passages :

 

* Le pavillon des fruits (p.326/328 ) : le champ lexical du corps féminin.

* " Le cadran lumineux "(p. 62/63 ) : justifiez la formule de la p.57 : " une chanson aiguë de couleur ".

* La symphonie des fromages (p.332 )." Une cacophonie de souffles infects ". D'où proviennent ces souffles ?

* Le texte de la p.118 à 129 : " on sait bien à qui on a..."

 

  

 


 

 

 

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A ) LE TEMPS ET L'HISTOIRE.

 

A) Datation des événements narratifs :

 

Le premier chapitre débute au mois de .....18... et le VI°chapitre se clôt au mois de ...18...

Retracez l'histoire de Florent dans l'ordre chronologique, en précisant pour chaque événement, le chapitre, les pages où vous avez trouvé les indications, sans oublier d'appuyer vos réponses sur des citations précises. :

* Enfance et adolescence :

* Arrestation le...

* Déportation : durée:...

* Retour en France le...

* Séjour aux Halles : durée...

* Arrestation puis déportation le...

 

B) Ancrage historique du roman :

 

- I - Essayez d'expliquer la différence des points de vue sur 1848 qu'ont :

* Lisa et l'oncle Gradelle (p.237/238 ).

* Les révolutionnaires (p.170 ).

* Florent (p.87/88 ).

 

- II - Le groupe qui se réunit chez Lebigre

 

* est présenté aux pages 173/176. Quelles sont les caractéristiques de chacun des personnages ?

* rassemble 3 tendances : Hébertistes, Socialistes et Communistes. Quelle est leur vision de la révolution et de la société future ? ( p. 224-225/356-360 ).

 

- III - Le texte fourmille d'allusions historiques au Second Empire.

 

Le lecteur de 1872 possédait ces références que nous devons, nous, rechercher :

* Le 2 décembre 1851 (p.35/41/48 )
* Les divers régimes qui l'ont précédé, vus par Gavard (p.109 )
* Le Duc de Morny, vu par Gavard (p.109 ), vu par Jules (p.363 )
* Le " candidat de l'empereur "(p. 238 )
* Le " Corps législatif " (p. 175/389/420 ). Quels sont ses pouvoirs ?
* Le rôle de la censure (p.411 )
* Les guerres qui avantagent le commerce (p. 111 ).

 

- IV - Lorsque Florent établit un plan d'insurrection (IV - p. 390 )," les champs Elysées l'inquiétaient, avec leurs avenues découvertes ". Ce passage fait allusion à une transformation importante de l'espace urbain au XIX° siècle, notamment à Paris. Laquelle ?

- MONTRER comment ZOLA est parvenu à un effort d'objectivité : oeuvre d'archiviste, récit à la 3° personne, effacement des sources réelles (narrateur ) et fictives (personnages ) du discours.

 

- VI - Montrer comment ZOLA communique sa vision du monde : éclairage sur un personnage particulier, héros du drame humain, d'une bataille séculaire.

B ) L ' ESPACE :

 

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A) ÉTUDE DE DESCRIPTIONS :

 

* Le pavillon des fruits (p.326/328 ) : le champ lexical du corps féminin.

* " Le cadran lumineux "(p. 62/63 ) : justifiez la formule de la p.57 : " une chanson aiguë de couleur ".

* La symphonie des fromages (p.332 )." Une cacophonie de souffles infects ". D'où proviennent ces souffles ?

 

B) LES HALLES DE BALTARD :

 

* Montrez, à l'aide de citations précises, que ce décor humain, cette construction humaine est décrite comme une bête, puis comme une mère et enfin comme un dieu dévorant, image de mort.

* Montrez les différents points de vue qu'adoptent sur les Halles les personnages suivants :
Gavard, Mlle Saget, Lantier, Florent.

* Qui regarde les Halles puis les boutiques des rues environnantes ? Qu'en concluez-vous ?

* A quels moments du temps sont décrites ces Halles ?

 

C ) ZOLA, HOMME DE THÉÂTRE :

 

* Étudiez dans le texte de la p.118 à 129 : " on sait bien à qui on a...."les vêtements, les gestes, les jeux de physionomie, la prise de parole de Mlle Saget, de la Sarriette, de Mme Lecoeur et de Louise Méhudin qui font leur entrée dans la charcuterie.

 

D ) LES PERSONNAGES :

 

En vous appuyant sur des références précises au texte, vous étudierez :

 

* Le rapport entre l'individu et son milieu.

 

* FLORENT :

a )Son portrait physique.

b) Son portrait moral (les femmes, sa conscience morale, son sens du devoir ).

c) Montrez que ces caractéristiques expliquent son comportement, ses actes ; détaillez son parcours narratif.

 

* LISA :

a) Son portrait physique.

b) Sa "philosophie de la vie" et ses " idées " !!! politiques.

c) Son programme narratif :

* le contrat : que veut-elle et que fait-elle pour cela ?

* la compétence : quel savoir acquiert-elle pour être le sujet de l'action ?

* la performance : comment exerce-t-elle son pouvoir et domine-t-elle son ou ses opposant(s) ?

* la sanction : parvient-elle à ses fins ultimes ?

 

* LANTIER :

a) Son portrait physique. A quel peintre ressemble-t-il ?

b) Ses opinions artistiques et sa pensée sociale. ( à rapprocher de ce que vous savez de Zola et de peintres tels que Gustave Courbet (cf. L'Enterrement à Ornans ).

 


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Lectures de

LE VENTRE de PARIS d'Émile ZOLA.

Édition Folio. N° 1107.

Éléments de réponses

 

LE TEMPS ET L'HISTOIRE.

Datation des événements narratifs :

 

On note dans ce roman, outre l'abondance des retours en arrière, des anticipations peu nombreuses, dues au personnage de Mlle SAGET dont " le chapeau noir apparaissait, à toute heure, dans tous les coins ". Elle " interprét(a) les nezs allongés, [...] suivit la conversation pas à pas à ce point qu'elle aurait pu dire chaque jour où en étaient les choses ". Et elle les annonce ! pp.230, 352, 372.

 

CHARVET anticipe sur la fin de FLORENT : " La police, dès le premier jour, a su qu'il était à Paris." p.357.

Le temps dans Le Ventre de Paris s'organise autour de l'histoire de FLORENT.

 

 

Temps historique :

 

Temps du récit :

Enfance de FLORENT et de QUENU jusqu'aux 22 ans de QUENU.

II - 80 à 88 : retour en arrière du récit.

FLORENT est arrêté dans la nuit du 04 Décembre 1851.

I - 41 : retour en arrière de FLORENT.

Mort de l'oncle Gradelle, mariage de QUENU et de LISA " au bout de cinq ans "

Jusqu'en 56, QUENU reçoit des lettres de " son pauvre Florent "

II - 93-99 : retour en arrière du récit.

 

II - 100 : idem.

Florent a été déporté en Guyane hollandaise en Janvier 1852.

S'évade de l'Ile du Diable en 1856 et erre.

I - 43 : retour en arrière de FLORENT.

 

II - 100 : retour en arrière du récit.

 

 

La fin du chapitre II est consacrée à un récit qui s'apparente au mythe, où FLORENT est " l'homme de Cayenne ".

Les deux récits rétrospectifs du chapitre II encadrent les 15 jours de Septembre 1858, jours où

 

FLORENT revient (le pavillon aux fleurs a ouvert en 1858 ) après des années :

 

I - 38-40 : Le temps du récit est le temps de l'histoire.

 

I - 44 :" La nuit heureuse du carnaval avait donc continué pendant sept ans. "

III - 179 :" huit années de désespoir qu'il avait passées hors de France."

III - 198 :" au sortir de ses sept années de souffrance."

Il y a donc un flottement d'une année dans l'écoulement du temps ; à la première page du roman, nous sommes en Septembre 58 ou 59.

 

 

Temps historique :

 

Temps du récit.

 

" trois jours plus tard ". donc fin Septembre.

II - 156. " Discours du trône" prononcé en fait en Janvier.

" l'hiver venait "(1858/59)

III - 194.

FLORENT " vécut près de huit mois dans les halles."

III - 198.

Juin 59 : puis " discussions sans fin qui durèrent plusieurs mois".

III - 200.

III - 222.

" au commencement de l'été ". 1859/60 ? /61 ?

III - 229.

1861 :" couleurs des guidons pour les 20 arrondissements."

V - 314.

 

Or, nous sommes censés être en 1859 car :

 

" Depuis près d'un an (1858+1) FLORENT ne connaissait les légumes que meurtris." IV_299.

" Depuis près d'une année (1858+1)qu[ e Mlle SAGET ] brûlait, voilà qu'elle possédait FLORENT." V-325.

et les QUENU sont" déjà convalescents de ce malaise d'une année (1858+1) dont ils sortaient à peine." IV-419.

et " deux mois plus tard, FLORENT était condamné à la déportation" ; il a été " expédié à Brest " " un matin d'Août."(1859). 

DONC, SOMMAIRE :

Le temps du récit couvre à peu près une année.

Le temps "historique" est d'environ trente ans.

 

Conclusion : L'action se développe sur au plus une année, mais englobe plus de trente ans de la vie des personnages, grâce aux récits rétrospectifs ( FLORENT, CADINE et MARJOLAINE).

 Ce resserrement temporel, gonflé de toute l'existence des personnages crée un effet d'amplification du drame humain qui se joue dans ces pages.

 L'action s'accélère dans les derniers chapitres : " trois jours plus tard "," en deux jours "," huit jours plus tard " et crée une sorte d'emballement de l'histoire, d'urgence d'accéder au dénouement.

 

 

LES HALLES. Bilan

 

A) PRÉSENTATION MÉTAPHORIQUE: les Halles sont implicitement comparées:

 

a) à une ville : I-59/I-71 : " cité tumultueuse " ; ville dans la ville, microcosme.

Idée d'immensité : image de la " forêt de fonte " I-61.

image de la mer : I-62. l'"immense développement des Halles lui donnait [...] la vision vague d'un bord de mer, avec les eaux mortes et ardoisées d'une baie".III-179. Il " voyait [ ...] les toitures élargies des pavillons [...] comme des mers grises."V-386.," vaisseau gigantesque "IV-256., " mâture prodigieuse ".I-62.

b) à une machine moderne: I-62.

" quelque chaudière destinée à la digestion d'un peuple."I-62.

" une Babylone de métal."IV-270.

et enfin " gigantesque ventre de métal ".III-201.

 

d'où un début de personnification:

 

a) I - 59: " ce colosse de fonte " et I-68: " bête satisfaite et digérant ".

b) IV - 388: les Halles sont comme des ivrognes," toutes nues, en sueur encore, dépoitraillées, montrant leur ventre ballonné."

I-61.et IV - 245: les Halles sont comme une mère nourricière pour Marjolin;

IV-256:" De là vinrent [...] les tendresses que les grandes Halles leur rendirent ", [...] à ces deux gamins qui étaient " la chanson libre, l'idylle effrontée de leur ventre géant."

Les Halles apparaissent donc comme un dieu dévorant tout dans " son règne de mangeaille et de soûleries ", elles " imposaient leur énormité, entraient dans la vie de chaque heure."V-387.

c) Une idée de mort transparaît également lorsque les Halles sont assimilées à " un vaste ossuaire "I-68, par opposition à Nanterre et à la terre de la campagne.IV- 299.

 

B) LES HALLES ET L'ESTHÉTIQUE MODERNE : Voir la fiche sur Claude LANTIER.

  

 

C) VOLONTÉ DE TOTALISATION, D'EXHAUSTIVITÉ de ZOLA:

 

1) Rappel historique: I-40.

2) Influence de ce milieu sur les personnages:

a) QUENU: I79." Sa face rasée avait pris à la longue une certaine ressemblance avec le groin de ses cochons ". Zola passe ici de la métonymie à la métaphore, le personnage devient indice du décor, affecté ici négativement.

b) Pour La SARRIETTE, au contraire, par métonymie, Zola montre une relation positive du personnage au milieu: " c'était son cou... qui donnai[t] à ses fruits cette vie amoureuse, cette tiédeur satinée de femme."

c) CADINE et MARJOLIN: Purs produits des Halles, sans hérédité connue. Ils en occupent tout l'espace, depuis les souterrains jusqu'aux toitures:" libres et sans honte ", " moineaux insouciants ."IV-256., mais aussi" bêtes sensuelles "," monstres candides issus du monstre de métal."

d) Pour GAVARD et Mlle SAGET, les Halles sont avant tout un lieu de commérages, de rêves héroïques et fous.

e) Pour LANTIER, les Halles sont un lieu d'étude, d'inspiration artistique.

f) Pour FLORENT, les Halles sont un repoussoir.I-67., mais exercent malgré tout sur lui une irrésistible attirance: " repris par les Halles." I=68. Elles sont le lieu où il puise sa révolte et d'où partira la société future.

 

3) Description des halles à différents moments:

 

a) de la journée: I-71: Lever du jour.

III - 201: Coucher du soleil.

" à chaque heure, les jeux de lumière changeaient ainsi les profils des Halles."

IV - 270: Les après-midi tièdes.

b) de l'année: les différentes saisons: V-386-388.

 

4) Éclatement des Halles. QUI REGARDE???

a) Les Halles, la charcuterie, Lisa, la marée, le café sont vus par FLORENT.

b) Les fleurs, les couturiers, les bijoutiers, les coiffeurs de la rue St Honoré sont vus par CADIN.

c) Les volailles dans les caves et St Eustache sont vues par LISA.

Il y a donc une technique de focalisation restreinte; les descriptions sont amenées par le regard du personnage; elles sont ainsi intégrées au récit, parfois dramatisées.

 

 

LE PERSONNAGE DE FLORENT

 

A. Son portrait physique :

 

-" visage battu de sa misère de professeur crotté "II-86.

-" était revenu...la peau collée aux os ".I-44.

-" Il était gris de misère, de lassitude, de faim."I-70.

-" Son estomac étroit d'homme maigre se révoltait."III-201

 

B. Ses caractéristiques psychologiques :

 

-" à trente ans, il n'osait regarder en face les visages de femme."I-41.Il n'a pas su comprendre l'amour de CLAIRE qui, d'amie (III-185) devient son ennemie (III-211), désespérée de voir son amour voué aux galères:" Je me jetterai à l'eau, en repassant sur le pont."V-350.

 - est utopiste et témoigne d'" un manque absolu de personnalité".IV-278., d'" une crédulité d'enfant et d'une confiance de héros."V-356. Lors de son arrestation, il " se laissa[it] prendre comme un mouton"; et elle fut " un soulagement pour lui, sans qu'il voulût se le confesser nettement."VI-415.

 - A pourtant le besoin de se donner : il " se jeta en pleine bonté idéale, il se créa un refuge de justice et de vérité absolues. Ce fut alors qu'il devint républicain."II-87.

Accepte l'emploi aux Halles "avec une pensée de dévouement, il restait dans le rôle de toute sa vie."III-167.

Une bonne action " était sa grande jouissance; il la cachait comme un plaisir défendu qu'il prenait en égoïste."III-207.

D'où l'abondance du vocabulaire religieux employé à son propos: " Mais c'est un curé, ce garçon-là."V-353., " cause plus sainte "V-376.," il méritait cette souffrance ", " toutes ces choses, il les acceptait en châtiment.", " il pliait d'avance les épaules, avec la honte d'une faute à expier [...], il se dit qu'il n'était plus assez pur pour le succès."V-385/386.

C. Son parcours narratif :

 - Au début," ne fut plus qu'une chose battue, roulée au fond de la mer."I-70. Éprouve une " peur sourde "," une rage sourde "," une angoisse le prit ".I - 66/69. L'on sait déjà que " ces souffrances crieront vengeance un jour."II-145.

- malgré la tentation de l'oubli: " une lâcheté heureuse "II-154.," se sentait à peine exister."III-198.

- Mais il éprouve une " vive surexcitation nerveuse "III-198 car" son malaise nerveux n'était que le réveil des longues songeries de Cayenne."III-205.

- Et " fatalement, Florent revint à la politique [...]la haine le reprit tout entier."III-205. L'insurrection " fut le but enfin trouvé de son évasion de Cayenne et de son retour à Paris."V-312.

Il se constitue en SUJET :" chef et âme du complot ".V-355.et devient OBJET de la haine des Gras: " Le quartier entier se ruait sur lui."

 

LE PERSONNAGE DE LISA.

A) Son portrait physique :

Figure, à côté de son mari réduit à l'insignifiance, " la face réjouie par les fourneaux. "II-85.," l'idole saine et solide de la charcuterie."I-77/79.

- " et le profil de Lisa, avec sa forte encolure, ses lignes rondes, sa gorge qui avançait, mettait une effigie de reine empâtée au milieu de ce lard et de ces chairs crues." , " ses rondeurs [...] la faisaient ressembler à un ventre."I-117.

- Elle a des " allures lentes et béates ".II-107.et " elle [...] regardait Florent d'un air satisfait, avec sa belle face tranquille de vache sacrée."II-155.

 

B) Sa philosophie de la vie :

 

Elle avait compris " que la meilleure façon de s'endormir dans une tiédeur heureuse est encore de se faire soi-même un lit de béati-tude."II-91. Lisa s'emploie à ce que sa vie ne soit qu'une mer uniformément étale, sans grande passion. Elle et son mari " voulaient travailler à leur aise, sans se maigrir de soucis, en bonnes gens qui tiennent à bien vivre." A tel point qu' un homme " capable d'être resté trois jours sans manger était pour elle un être absolument dangereux."II-148.

Toutefois, lorsque sa tranquillité est menacée, LISA est capable de colère- IV - 234. Et, à deux reprises, elle est émue devant la possible transgression d'un interdit qui ébranlerait sa tranquillité morale:

* Tentation de fouiller dans les papiers de FLORENT. IV-290.

* Tentation de reconnaître les charmes de MARJOLIN. IV-288., mais ressent " une émotion très douce, qu'elle aimait goûter en chose permise."

Et un maître mot revient dans sa bouche, celui d'"honnêteté", notion qui se confond avec un plat confort personnel, au prix de multiples hypocrisies:

* Assomme MARJOLIN, mais elle " avait agi en femme honnête ".IV-289. Cruelle ironie du style indirect libre!!

* Consulte l'abbé ROUSTAN qui, complaisamment, lui assure, au moment où elle va renvoyer FLORENT au bagne, que " les natures honnêtes ont cette grâce merveilleuse de mettre de leur honnêteté dans tout ce qu'elles touchent."V-309/310.

LISA ne semble pas avoir conscience de sa duplicité; elle agit et pense avec " l'orgueil de son honnêteté ".V-307.

 

C) Ses "idées" politiques :

Elles sont fondées sur le même besoin d'une sécurité mesquine: l'empereur" ne nous a pas empêchés de faire nos affaires ."II-123.; et elle cède à l'appât du gain pour bien vivre, sans plus. " C'est la politique des honnêtes gens [...]. Je suis reconnaissante au gouvernement quand mon commerce va bien."III-236. Et elle conseille à QUENU:" Dors bien, mange bien, gagne de l'argent [...], dis-toi que la France se débrouillera toute seule."III-239.

Que les " autres soient des canailles, cela ne me regarde pas ", assure-t-elle.

Bref, l'honnêteté, c'est fermer les yeux quand la tranquillité est menacée.

D) Son programme narratif :

Elle a une volonté affirmée: assurer au mieux son aisance. " Mais elle avait d'autres ambitions."II-97. La présence de FLORENT sème quelque trouble dans sa béatitude: " Nous avons des comptes à vous rendre, mon cher Florent."II-103.

LE CONTRAT :

Elle cherche et trouve un emploi pour FLORENT.II-109/II-137 afin qu'il entre dans " la classe des honnêtes gens ", qu'" il [ leur ] fasse honneur." II-154. Et FLORENT garde sa place par crainte " de paraître lâche devant Lisa."-188.

Mais elle ne regagne pas pour autant une totale sérénité. Ses rivalités avec la Belle Normande, les engagements de FLORENT, lui imposent de se constituer en SUJET: "S'il [ FLORENT ] nous compromet [...], je t'avertis que je me débarrasserai de lui carrément." Remarque du narrateur/auteur: " Florent était condamné." III-242.

FLORENT devient OBJET: " la véritable victime des deux femmes était FLORENT." III-219.

LA COMPÉTENCE :

" En somme, elle avait à présent de quoi le faire retourner aux galères." V-315.

LA PERFORMANCE :

Elle accumule les petites victoires partielles: " Florent comprit enfin." IV-277. " Elle demeurait victorieuse."IV-279." J'y mettrai bon ordre." IV-276. Elle remporte même une victoire sur ses scrupules moraux, s'il lui en restait encore!: " elle sentit qu'elle faisait un acte de haute honnêteté ", note avec ironie le narrateur.V-378.

LA SANCTION :

" La charcutière [...], la main sur la terrine du veau piqué, écoutait, avec la mine heureuse d'une femme qui triomphe." VI-401.

 

LE PERSONNAGE DE Claude LANTIER.

A) Son portrait physique :

 

"C'était un garçon maigre [...];il portait un chapeau de feutre noir [...], un immense paletot, jadis marron tendre." Il ressemble au peintre Paul CÉZANNE.

ZOLA lui a cependant prêté ses goûts et ses idées en art, transposées dans le domaine de la peinture: " c'est leur grand mot: on ne fait pas de l'art avec de la science [...] .J'ai des envies de répondre à ces pleurnicheries par des oeuvres de défi." IV-295. L'attirance de CLAUDE pour les couchers de soleil est partagée par ZOLA qui avait signé du pseudonyme de Claude son Salon de 1866, et le personnage de CLAUDE reparaîtra dans L'Oeuvre.

 

B) La revendication d'un art nouveau :

* -" Il avait l'amour des belles brutes ".IV-263.

* -" Il avait une amitié pour le fumier ".IV-297.

* -" Il éprouvait, malgré lui, comme une admiration pour ces bêtes sensuelles [...] lâchées dans la jouissance de tout ce qui traînait." IV-274. ( Ces "bêtes sensuelles" sont CADINE ET MARJOLIN.)

* - Il oppose les Halles à Saint-Eustache ( décrite en V-308/309 ):

" Saint-Eustache est là-bas avec sa rosace, vide de son peuple dévot, tandis que les Halles s'élargissent à côté, toutes bourdonnantes de vie."IV-294.

- Il s'insurge contre " la laideur du joli ".IV-269; il " étudie les marchandes de salades ", voit en elles " un superbe sujet de tableau " IV-271., perçoit dans les visages des révolutionnaires réunis dans le café " un vrai tableau moderne ". V-361. Enfin, il voit dans les Halles " un manifeste artistique, le positivisme de l'art, l'art moderne tout expérimental et matérialiste."IV-262/263. Son " chef-d'oeuvre ", lorsqu'il réalise l'étalage de la charcuterie est " barbare et superbe."IV.296.

C) En digne porte-parole, parfois, de ZOLA, ses goûts artistiques ne peuvent se dissocier d'une pensée sociale :

 

Il campe une allégorie du roman lui-même lorsqu'il parle de " la bataille séculaire des Gras et des Maigres."IV-301/302. Il y voit " tout le drame humain " évoqué par la Bible, avec la lutte de Caïn et d'Abel, par Ésope, par Rabelais ( LVIII et sq. du Quart Livre ).

C'est le même mythe qui exprime pour lui la lutte des classes sociales: lors de l'arrestation de FLORENT, " il disait que les Gras avaient vaincu ", c'était " un triomphe du ventre." VI-422/424.

 

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